Le parcours de visite

Le parcours des collections se déploie sur deux étages dans un décor évoquant un intérieur romantique. Le rez-de-chaussée est consacré à la vie artistique parisienne autour d’Ary Scheffer et d’une autre figure incontournable du quartier, l’écrivaine George Sand. Les quatre salles à l’étage présentent les sources d’inspiration du romantisme : la nature, le sentiment, la littérature et le fantastique.

Le rez-de-chaussée 

L’ascension d’un artiste

Ary Scheffer naît à Dordrecht, aux Pays-Bas, en 1795, d’une mère hollandaise, miniaturiste, Cornélia Scheffer-Lamme, et d’un père allemand, Johann-Bernhard Scheffer, peintre à la cour du roi de Hollande, Louis Napoléon. Après la mort de Johann-Bernhard, Cornélia s’installe, en 1811, à Paris avec leurs trois fils, Ary, Charles-Arnold et Henry.

Formé dans l’atelier de Pierre-Paul Prud’hon, puis dans celui du peintre néoclassique Pierre-Narcisse Guérin aux côtés de Théodore Géricault et d’Eugène Delacroix, il entame sa carrière au Salon de 1812, à l’âge de 17 ans. Il s’inspire de l’histoire, de l’épopée napoléonienne, puis se démarque en puisant dans les œuvres littéraires et en présentant des scènes de genre sentimentales.

À partir de 1822, grâce au peintre François Gérard, Ary Scheffer devient le professeur de dessin des enfants du duc d’Orléans, Louis-Philippe, qui sera intronisé roi des Français en 1830. L’artiste se lie d’amitié avec l’aîné des princes, Ferdinand-Philippe, ainsi que sa jeune sœur, Marie d’Orléans, qu’il encourage à sculpter. Libéral convaincu, il est un intime de la famille royale et un peintre respecté de la monarchie de Juillet.

Le salon d’Ary Scheffer

Dans la tradition des salons littéraires et mondains, Ary Scheffer reçoit les artistes et intellectuels les vendredis soir. Dans une lettre de 1852, l’écrivain Jules Janin raconte une soirée chez le peintre qui commence par un dîner « dans la petite maison au fond du jardin » et se poursuit en musique dans l’atelier.

Ce cercle d’amis incarne l’esprit du Paris romantique et la fraternité des arts. Il s’ouvre à des peintres illustres tels qu’Eugène Delacroix, Théodore Géricault, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paul Delaroche, Horace Vernet et Théodore Rousseau. Sa passion pour la musique et la littérature amène Scheffer à se lier aux compositeurs Frédéric Chopin, Franz Liszt, Charles Gounod, à l’écrivaine George Sand, au poète Alphonse de Lamartine, ainsi qu’à la célèbre cantatrice Pauline Viardot, qui donne des cours de piano à sa fille, Cornélia. Scheffer reçoit aussi dans son salon des historiens, tels Augustin Thierry et Ernest Renan – qui y rencontre sa future épouse, Cornélie Scheffer, nièce du peintre. Il accueille des hommes politiques importants, dont Adolphe Thiers et François Guizot, tous deux ministres de Louis-Philippe.

George Sand, histoire d’une vie

D’Indiana (1832) à Albine (1881, posthume), en passant par La Mare au diable (1846), George Sand (1804-1876) publie plus de soixante-dix romans, une vingtaine de pièces de théâtre et des textes divers qui en font l’un des écrivains les plus prolifiques du XIXe siècle. Elle est aussi une intellectuelle engagée pour l’émancipation des femmes. Alors que le divorce n’existe pas, la jeune Aurore Dupin de Francueil, épouse Dudevant, réussit à se séparer légalement de son mari et à mener une vie libre entre Paris et Nohant, sa demeure familiale dans le Berry, au centre de la France. Elle n’hésite pas à porter le costume masculin et adopte un nom de plume pour pouvoir publier sans contraintes. Ses amours tumultueuses avec Alfred de Musset, puis avec Frédéric Chopin, contribuent à forger sa célébrité.

Si George Sand n’a jamais occupé cette maison, elle est familière des lieux et fréquente en voisine les soirées qu’organise Ary Scheffer. Elle habite non loin, rue Pigalle, puis square d’Orléans, haut lieu du romantisme où vivent de nombreux artistes. Ses tableaux, bijoux et souvenirs, rassemblés par sa petite-fille Aurore Lauth-Sand, évoquent l’histoire d’une vie et la communauté artistique et intellectuelle que George Sand réunit autour d’elle.

Les salles de l'étage

Peindre la nature

La nature occupe une place essentielle dans l’imaginaire romantique. Face à l’essor de la révolution industrielle et au triomphe de la raison héritée des Lumières, elle est à la fois un refuge, une source d’inspiration et un miroir de l’âme.

Loin de l’agitation de la ville, la campagne devient une retraite pour les artistes, à l’image du domaine de George Sand à Nohant, dans le Berry, ou du jardin de Goethe à Weimar, en Allemagne. Dans la tradition des planches de botanique, Pierre-Joseph Redouté peint sur vélin des bouquets de fleurs, associant précision scientifique et poésie délicate, tandis qu’Alphonse de Lamartine célèbre, dans sa poésie, leur beauté éphémère et leur symbolique spirituelle.

D’autres peintres romantiques imaginent des paysages comme reflets des élans et tourments de l’âme humaine. Dans ses aquarelles, George Sand déploie forêts, rivières, vallons et châteaux en ruine, semblant sortir d’un rêve, entre réalisme et fantaisie.

La force du sentiment

Dans un siècle marqué par les révolutions politiques et la quête de liberté, les romantiques placent le sentiment au cœur de leurs créations. Ils ne cherchent plus seulement à représenter des faits historiques ou des scènes religieuses, mais à traduire l’expérience intime face à l’amour, la nature et la foi.

Dans les beaux-arts, la littérature, au théâtre ou à l’opéra, le sentiment amoureux se manifeste avec une intensité nouvelle. Il s’incarne dans des figures aux destins tragiques, telles que Desdémone, héroïne sacrifiée dans un opéra de Rossini, ou encore Paolo et Francesca, amants maudits de Dante, qui aiment et meurent d’aimer. 

De la contemplation de la nature grandiose naît le sentiment du sublime qui s’exprime dans la peinture et en musique. La tempête d’Ary Scheffer ou les orages sonores de Franz Liszt invitent à ressentir la grandeur et l’effroi mêlés devant une force qui nous dépasse. 

Le sentiment religieux connaît aussi un renouveau et prend forme dans une peinture davantage tournée vers l’émotion intérieure et la piété. Les personnages aux mains jointes et aux regards expressifs des frères Ary et Henry Scheffer, de Claude-Marie Dubufe et de Pierre Delorme figurent l’espérance et l’élévation de l’âme.

L’inspiration littéraire

Les peintres et sculpteurs romantiques s’éloignent des sujets antiques et bibliques et trouvent une nouvelle inspiration dans la littérature historique, propice à l’intensité dramatique, aux sensations fortes et aux émotions exacerbées. Les auteurs du passé les plus mis en images sont Dante et William Shakespeare, dont les pièces sont jouées pour la première fois en France en 1822, à Paris. D’autres poètes moins connus, comme John Milton, inspirent des artistes tel Jean-Jacques Flatters.

Néanmoins, c’est à la littérature de leur temps que les romantiques empruntent le plus. Comme ses amis peintres, Ary Scheffer se tourne à partir des années 1830 vers les textes les plus marquants de son époque. François-René de Chateaubriand, Alexandre Dumas, Friedrich Schiller, Walter Scott offrent des drames historiques, des intrigues tumultueuses, des héros et héroïnes confrontés à un destin tragique, qui captivent l’Europe entière et s’incarnent dans des tableaux vibrants au clair-obscur théâtral et à la force expressive.

L’imaginaire fantastique

Après le traumatisme de la Révolution française et le désenchantement de l’épopée napoléonienne, les artistes trouvent une échappatoire dans un imaginaire fantastique. Peuplant leurs toiles de spectres et de fantômes, ils tentent d’explorer les marges du monde et d’établir un dialogue entre les morts et les vivants.

Ary Scheffer présente au Salon de 1831 deux œuvres marquantes, Faust et Marguerite, témoins de la vogue du Faust de Goethe en France. Publié en 1808 en Allemagne, ce drame fondateur du romantisme littéraire est traduit pour la première fois en français en 1825. Le diable, sous les traits de Méphistophélès, aide Faust à séduire Marguerite. Cette figure est reprise par les sculpteurs. Jean-Jacques Feuchère expose au Salon de 1836 une statue de Satan en proie aux tourments et à l’introspection qui devient rapidement une icône de la statuaire romantique.

La fascination romantique pour l’au-delà s’exprime dans les tableaux inspirés de poèmes tragiques – Manfred de Lord Byron ou Lénore, les morts vont vite de Gottfried August Bürger. Ces visions d’esprits et de chevauchées nocturnes montrent un goût marqué pour l’invisible et l’étrange.