Ary Scheffer

Ary Scheffer (1795-1858), peintre fondamental du romantisme, se distingue par son œuvre abondante et variée ainsi que par sa demeure de la rue Chaptal ; haut lieu de création et de rencontres pour les écrivains, les musiciens et les intellectuels. Il incarne l’effervescence artistique et culturelle du XIXᵉ siècle parisien.

La vie d’Ary Scheffer 

Une enfance dans une famille d’artistes

Ary Scheffer naît en 1795 à Dordrecht, aux Pays-Bas, dans une famille d’artistes. Son père, Johann-Bernhard, est portraitiste et peintre d’histoire, sa mère, Cornélia Lamme, pratique la miniature. Ses deux frères, Charles-Arnold (1796) et Henry (1798), partagent cette vocation artistique. En 1806, Johann-Bernhard est nommé peintre à la cour de Louis-Napoléon, roi de Hollande, mais il meurt en 1809. Dès l’année suivante, Ary expose un premier portrait à Amsterdam.

L’installation à Paris et les premiers succès

Scheffer s’installe à Paris avec sa mère et ses frères en 1811. Il entre dans l’atelier du peintre Pierre-Narcisse Guérin, où il se lie d’amitié avec Géricault et Delacroix, figures majeures de la future école romantique. En 1819, il expose pour la première fois au Salon du Louvre, alors manifestation artistique la plus influente de la capitale, et s’impose rapidement comme l’un des peintres en vue.

Entre 1818 et 1830, aux côtés de son frère Charles-Arnold, journaliste au Globe, Scheffer fréquente l’entourage du général La Fayette. Son atelier devient alors un lieu de rencontre privilégié pour les libéraux qui militent en faveur du duc d’Orléans.

La consécration et la vie rue Chaptal

En 1822, il est nommé professeur de dessin des enfants de la famille d’Orléans, fonction qu’il occupe jusqu’à la monarchie de Juillet. Au Salon de 1828, son tableau Les Femmes souliotes confirme sa place parmi les maîtres du romantisme.

En juillet 1830, Scheffer s’installe rue Chaptal, dans le quartier en plein essor de la Nouvelle Athènes, au même moment sa fille naturelle, Cornélia naît. Face au pavillon, il fait construire deux ateliers vitrés orientés Nord : l’un sert de lieu de travail, l’autre de salon de réception. Ce cadre devient le centre de son activité artistique, intellectuelle et mondaine pendant près de trente ans.

L’année suivante, en 1831, Scheffer triomphe au Salon avec Marguerite au rouet et Faust dans son cabinet  qui consacrent sa célébrité. Artiste reconnu, il reçoit des commandes officielles, notamment pour le musée historique de Versailles, et forme de nombreux élèves, parmi lesquels Auguste Bartholdi, qu’il encourage à se tourner vers la sculpture.

Toujours attentif aux jeunes artistes, il soutient en 1836 Théodore Rousseau et organise une exposition d’œuvres refusées au Salon, préfigurant le futur Salon des Refusés. 

Engagements et dernières années

Après la mort accidentelle du duc d’Orléans en 1842, il participe au projet de cénotaphe confié au sculpteur Henri de Triqueti.

Lors de la révolution de 1848, il aide la famille royale à quitter Paris et abrite rue Chaptal une partie de leurs collections. Après la chute de Louis-Philippe, il perd le soutien officiel dont il bénéficiait mais continue de recevoir des commandes privées et de donner des cours. 

En 1850, il épouse Sophie Marin, veuve de son ami le général Baudrand, et obtient la nationalité française. En 1856, il perd son épouse et deux ans plus tard, en 1858, il meurt dans sa maison de campagne à Argenteuil.

Son corps est inhumé au cimetière de Montmartre. Sa fille Cornélia, unique héritière, rachète alors la maison de la rue Chaptal, jusque-là louée, et en fait sa résidence définitive, assurant la transmission d’un lieu déjà emblématique de la vie romantique parisienne.

Une œuvre variée et abondante

Ary Scheffer compte parmi les figures majeures du romantisme. Sa carrière se distingue par une production d’environ huit cents toiles, couvrant presque tous les genres : paysages, portraits, scènes d’histoire contemporaine, compositions « littéraires » inspirées de Goethe, Byron, Dante, Shakespeare ou Walter Scott, ainsi que des œuvres religieuses.

Ses compositions historiques suscitent de nombreuses commandes officielles, tandis que ses portraits lui assurent une grande notoriété ; il s’impose, dès 1818, comme l’un des portraitistes les plus recherchés de son époque. Attentif à traduire les émotions intérieures, il reçoit le surnom de « peintre des âmes ». Perfectionniste, il multiplie les esquisses préparatoires, peintes ou dessinées, et consacre parfois plusieurs années à une seule toile. Lorsqu’un sujet rencontre un écho favorable, il en réalise des répliques ou confie l’exécution de copies.

Parmi ses sources d’inspiration majeures, Faust de Goethe occupe une place essentielle. Scheffer illustre différents épisodes de l’intrigue et donne vie aux personnages de Faust, Marguerite et Méphistophélès dans une série de tableaux qui rencontrent un vif succès auprès du public.

Ses affinités politiques et amicales, alliées à son talent, confortent sa place au cœur du mouvement romantique. Ses participations aux Salons de 1824 et 1827 sont remarquées, mais c’est en 1831, avec Marguerite au rouet et Faust dans son cabinet, qu’il atteint l’apogée de sa carrière et consacre définitivement sa renommée.

L’atelier de Scheffer : un haut lieu du romantisme

En 1831, Ary Scheffer fait construire, dans la cour-jardin de sa maison de la rue Chaptal, deux vastes ateliers orientés au nord : l’un consacré à la peinture, l’autre conçu comme un espace de réception. Ce dernier devient rapidement un salon mondain où le portraitiste renommé de la monarchie de Juillet accueille le Tout-Paris artistique et intellectuel : Delacroix y vient en voisin ; Chopin joue régulièrement sur le piano Pleyel de Scheffer ; Liszt et Marie d’Agoult animent les soirées aux côtés de Rossini, Tourgueniev, Dickens, George Sand, Pauline Viardot , Charles Gounod ou encore la cantatrice Maria Malibran.

Ces fameuses rencontres du vendredi soir, bientôt connues sous le nom de « vendredis de la rue Chaptal », rassemblent une élite mêlant écrivains, musiciens, penseurs et hommes politiques. Grâce à ces réunions, Scheffer s’impose non seulement comme un peintre majeur du romantisme, mais aussi comme une figure centrale de la vie intellectuelle et culturelle parisienne.

L’atelier de travail est partagé avec Henry Scheffer, son cadet, également peintre. C’est là que Théodore Rousseau achève La Descente des vaches, refusée au Salon de 1835. Ary Scheffer décide alors de présenter ce tableau aux côtés des œuvres de Paul Huet et Jules Dupré, instituant ainsi une première « exposition des refusés ».

Lieu de création et de transmission, l’atelier devient un espace pédagogique. Scheffer y enseigne la peinture, le dessin et la sculpture. Il accompagne notamment la princesse Marie d’Orléans dans ses débuts de sculptrice, affirmant son rôle de maître et de passeur auprès des jeunes générations.