Le romantisme

Mouvement européen majeur du XIXe siècle, le romantisme place les émotions, l’imaginaire et la liberté au cœur de la création. Littérature, peinture et musique s’y rencontrent pour former un art total, tandis que Paris devient un véritable laboratoire d’idées à travers ses salons, cafés et théâtres. Entre engagement social, politique et exploration du sentiment les artistes offrent un regard intense et universel sur le monde.

Le romantisme : un mouvement européen et universel 

Emergence et rayonnement européen

Le romantisme naît à la fin du XVIIIᵉ siècle et se déploie dans toute l’Europe. Fondé sur l’expression du sentiment et la puissance des émotions, il s’affirme avec des figures majeures de la littérature comme François-René de Chateaubriand (1768-1848), considéré comme le père du romantisme français, Lord Byron (1788-1824) en Grande-Bretagne, modèle du poète révolté au destin tragique, ou encore Johannes Goethe (1749-1832) en Allemagne, dont l’œuvre renouvelle profondément la littérature et la perception du monde.

Chaque pays s’approprie cette esthétique en fonction de son contexte politique, culturel et social, donnant au mouvement une identité multiple et foisonnante. En Allemagne, le Sturm und Drang annonce une exaltation de la subjectivité et de la nature, illustrée par Goethe dans Les Souffrances du jeune Werther (1774), roman qui bouleverse l’Europe entière. En Espagne, le romantisme prend des accents patriotiques et populaires, avec José de Espronceda (1808-1842) et sa Canción del pirata, hymne à la liberté. En Italie, il s’accompagne d’un élan politique vers l’unité nationale, notamment à travers Alessandro Manzoni (1785-1873), dont le roman Les Fiancés (1827) allie passion individuelle et aspirations collectives.

Le romantisme en France

En France, le mouvement atteint son apogée avec Victor Hugo (1802-1885), dont l’œuvre littéraire se double d’un engagement politique majeur : il défend la liberté, la justice sociale et s’oppose aux tyrannies, faisant de sa plume une arme. À ses côtés, Alphonse de Lamartine (1790-1869), poète de la méditation intime et de l’élan lyrique, s’illustre comme acteur politique lors de la Révolution de 1848. George Sand (1804-1876), quant à elle, incarne un romantisme à la fois social et féministe : ses romans explorent les passions humaines tout en défendant l’égalité et l’émancipation.

Le romantisme dans les arts visuels et la musique 

En peinture, Eugène Delacroix (1798-1863) et Théodore Géricault (1791-1824) incarnent, en France, la puissance dramatique romantique. En Allemagne, Caspar David Friedrich (1774-1840) exprime la dimension spirituelle et métaphysique du paysage. En Grande-Bretagne, William Turner (1775-1851) et John Constable (1776-1837) magnifient la lumière, les éléments naturels et célèbrent la poésie de la campagne anglaise.

En musique, si Beethoven (1770-1827) et Schubert (1797-1828) ouvrent la voie à une expression nouvelle des émotions Chopin (1810-1849) et Liszt (1811-1886) portent le piano romantique à un sommet de virtuosité et de lyrisme. Berlioz bouleverse l’orchestre avec sa Symphonie fantastique (1830) qui allie puissance sonore et imagination dramatique. Les grandes cantatrices Maria Malibran (1808-1836) et sa sœur Pauline Viardot (1821-1910), dotées d’une carrière internationale, incarnent quant à elles la dimension cosmopolite du mouvement : muses de nombreux artistes, elles contribuent à diffuser le romantisme sur toutes les scènes d’Europe.

C’est ainsi un courant qui transcende les frontières et les disciplines, plaçant l’individu, son imaginaire et son rapport au monde au centre de la création, tout en affirmant des idéaux politiques et sociaux.

Paris, capitale du romantisme

Une ville en effervescence 

Dans les années 1830, la France devient un foyer essentiel du romantisme. Héritier de la Révolution, il s’oppose au classicisme encore dominant au début du XIXᵉ siècle et impose un nouveau rapport aux arts. Paris, alors centre incontournable de la création. La ville se divise entre rive gauche, marquée par les universités et les pensions d’étudiants, et rive droite, où s’épanouissent journaux, théâtres, cafés et restaurants. C’est de ce côté de la Seine que naît le quartier de la Nouvelle Athènes, véritable épicentre du romantisme parisien.

Ce quartier ponctué de façades néoclassiques attire artistes, écrivains et comédiennes. C’est là qu' Ary Scheffer s’installe. Chaque vendredi, il y organise des rencontres où se croise une constellation de personnalités incontournables de l’époque : Eugène Delacroix, George Sand, Frédéric Chopin, Franz Liszt, Pauline Viardot, Alfred de Musset, Théophile Gautier… 

Ces soirées font de l’atelier-salon de Scheffer bien plus qu’un lieu mondain : elles constituent un véritable laboratoire de la vie intellectuelle et culturelle parisienne, où s’entrecroisent peinture, littérature, musique et débats d’idées. Les échanges y nourrissent une effervescence créatrice qui contribue à faire de Paris la capitale européenne du romantisme. 

Le romantisme dépasse le cadre des salons privés ; s’exprime aussi sur les scènes théâtrales, notamment à la Comédie-Française et à l’Odéon, où les drames romantiques de Victor Hugo, tels Hernani (1830), suscitent de véritables batailles entre « anciens » et « modernes ». Les cafés littéraires et les cabarets deviennent également des lieux de rencontres et d’expérimentations artistiques. La presse, en plein essor, relaie ces débats et contribue à faire de Paris une capitale intellectuelle dont le rayonnement dépasse largement les frontières françaises.

La fusion des arts et engagement politique 

À rebours du classicisme, qui établit des frontières strictes entre disciplines artistiques, le romantisme promeut la fusion et vise un art total. Les peintres et sculpteurs s’inspirent directement de la littérature : romans, pièces de théâtre et poèmes deviennent sources d’inspiration. Shakespeare, Byron, Goethe, Walter Scott ou Dante nourrissent ainsi de nombreuses créations. Ary Scheffer illustre notamment le Faust de Goethe dans plusieurs de ses toiles. La sculpture suit ce même élan, comme en témoigne le bronze de Jean-Jacques Feuchère représentant Satan La musique elle-même s’inscrit dans ce dialogue fécond : compositeurs et interprètes s’inspirent de la poésie et des arts visuels pour enrichir leur langage. 

Le romantisme se caractérise également par l’engagement de ses acteurs. Les artistes défendent la liberté sous toutes ses formes et s’impliquent dans les débats sociaux et politiques de leur temps. George Sand affirme que l’éducation constitue le premier levier d’émancipation et fonde en 1848 le journal politique La Cause du peuple. Victor Hugo mêle dans ses romans et pièces de théâtre des questions politiques et sociales : il défend les droits de l’homme, la justice et la liberté contre l’oppression. Alphonse de Lamartine, poète et homme politique, illustre cette double vocation : ses œuvres lyriques célèbrent la beauté de la nature et de l’émotion, tout en reflétant ses idéaux républicains et son action lors de la Révolution de 1848.

Le romantisme ne se limite pas à un mouvement esthétique : il incarne un projet artistique et intellectuel total, où la fusion des arts dialogue avec la société, la politique et l’histoire, faisant de ses acteurs des créateurs pleinement engagés dans leur époque.

Les thèmes privilégiés du romantisme 

Histoire et figures du passé

Les artistes affectionnent l’histoire nationale, en particulier le Moyen Âge et ses grandes figures. Jeanne d’Arc inspire de multiples représentations, tant dans la peinture que dans la littérature ou la musique, symbolisant le courage, le patriotisme et la foi. Les grandes épopées médiévales, les légendes chevaleresques et les héros historiques nourrissent une fascination pour le passé et la mémoire collective, comme en témoignent les romans historiques de Walter Scott ou les fresques d’Eugène Delacroix. 

L’Orient et l’exotisme

L’Orient nourrit également l’imaginaire : il apparaît comme un univers exotique et fantasmé, peuplé d’intérieurs fastueux, de palais mystérieux et de personnages idéalisés. Les peintres comme Jean-Léon Gérôme ou Eugène Delacroix exploitent ces décors pour créer des scènes spectaculaires et colorées, symbolisant le rêve et l’aventure. Les écrivains s’emparent aussi du sujet comme Lord Byron dans ses Poèmes Orientaux et son célèbre poème le Giaour.

La nature et la spiritualité

La nature occupe une place centrale, elle devient le miroir des émotions et de l’intériorité de l’artiste. Reflet de la mélancolie ou support de méditation, elle se charge d’une dimension spirituelle. Les manifestations climatiques, la lumière, la tempête ou l’immensité des paysages traduisent l’aspiration romantique à une communion avec l’univers. Pour Chateaubriand et Victor Hugo, la nature incarne la puissance divine et la grandeur de l’esprit. George Sand invente même une technique d’aquarelle, la dendrite, lui permettant de créer de petits paysages oniriques et symboliques.

Le fantastique et le romantisme noir

Le fantastique, autre domaine de prédilection, alimente un romantisme sombre et dramatique, souvent qualifié de « romantisme noir ». Ary Scheffer illustre cette dimension avec Lénore, les morts vont vite (1830), tandis que Charles-Barthélémy Durupt explore l’étrange avec Manfred et l’esprit (1831). Gérard de Nerval, en littérature, et Eugène Sue, dans ses romans populaires, prolongent cette fascination pour le mystère, le rêve et l’angoisse, donnant au romantisme une dimension psychologique et symbolique qui dépasse les simples représentations.