Restaurer pour redonner une lecture harmonieuse à l’œuvre
Cette intervention relève principalement d’une remise en ordre, que l’on peut également qualifier de « bichonnage » ; c’est un travail visant à améliorer son aspect général, à atténuer certaines altérations et à retrouver une lecture plus harmonieuse de la peinture, tout en conservant les traces de son histoire matérielle.
Nettoyer la surface et atténuer les altérations
L’œuvre présentait un vernis jauni, devenu progressivement opaque avec le temps. Plusieurs taches, coulures et irrégularités étaient également visibles à la surface de la peinture.
La restauratrice a donc réalisé un décrassage de la toile afin d’éliminer les dépôts et de réduire l’opacité du vernis ancien. En parallèle, les coulures présentes en surface sont délicatement grattées afin de retirer les dépôts et irrégularités .
L’examen de l’œuvre a révélé également de petits manques de matière dans la couche picturale ; ces lacunes sont reprises avec un mastic synthétique, permettant de régulariser la surface et de limiter la visibilité des défauts.
Préserver les traces de l’histoire de l’œuvre
La peinture présente aussi quelques craquelures prématurées : ce sont des craquelures qui apparaissent lorsque l’œuvre sèche, une fois achevée par l’artiste. Avec le temps, le vernis s’est infiltré dans certaines d’entre elles, accentuant les lignes sombres et leur impact visuel.
Certaines zones témoignent également de restaurations anciennes, qui sont reprises et retravaillées au cours de cette intervention.
L’objectif n’est pas de faire disparaître ces marques. Elles font partie de l’histoire et de l’état matériel de l’œuvre. Ici, le travail consiste à les atténuer visuellement, afin qu’elles ne prennent pas le dessus sur la peinture et ne perturbent pas sa lecture.
Calmer les taches et rétablir la continuité des formes
Plusieurs taches présentes sur la surface picturale sont « calmées » : cette approche consiste à réduire leur impact visuel sans chercher systématiquement à les faire disparaître.
Des retouches de peinture sont réalisées ponctuellement, notamment au niveau de la carnation. Une teinte proche de celle de la peinture originale est reproduite afin d’atténuer certaines perturbations.
Le front a fait l’objet de cette approche attentive : les taches présentes à cet endroit interrompaient le modelé et la sensation d’arrondi de la forme. La retouche permet de rétablir une continuité visuelle et de retrouver une lecture plus fluide de la carnation.
Le même principe est appliqué aux craquelures lorsqu’elles viennent couper ou contrarier une ligne importante du dessin. Au niveau de la manche, par exemple, certaines lignes sombres interrompaient le contour et le modelé du vêtement. Leur atténuation permet de retrouver une continuité plus naturelle de la forme.
Un revernissage pour retrouver profondeur et homogénéité
Après ces différentes étapes de nettoyage, de comblement et de retouche, un revernissage assez dilué est réalisé.
Cette dernière intervention permet de retrouver une surface plus homogène, de redonner de la profondeur aux couleurs et d’harmoniser les différentes zones de brillance créées au cours du traitement.
Travailler le cadre et la toile
Le cadre de l’œuvre a été nettoyé par gommage. Certains éléments qui menaçaient de se décoller ont été consolidés par infiltration d’un adhésif appliqué au pinceau. Des fragments manquants ont été reconstitués en résine par moulage d’après les motifs existants et collés au cadre à la colle de poisson. Ces comblements ont été retouchés ensuite pour être intégrés esthétiquement.
Enfin, la conservation du tableau a été améliorée en réglant la tension de la toile et grâce à la pose d’un dos protecteur qui permet d’atténuer l’impact des variations climatiques.