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La Nouvelle-Athènes

 

Le nom de "Nouvelle Athènes" a été donné par le journaliste au Journal des Débats, Dureau de la Malle (le 18 octobre 1823), à un lotissement entrepris au début du XIXème siècle sur les pentes du quartier Saint-Georges. Dans cet ancien quartier des Porcherons, celui des guinguettes et des cabarets au milieu des champs et des vergers, devaient bientôt s’installer sous la Restauration et la Monarchie de juillet avant le Second Empire, un grand nombre d'écrivains, comédiens, musiciens et peintres qui formèrent l'élite du mouvement romantique parisien. L’appellation fait référence à une certaine grécomanie ambiante - la guerre d'indépendance des grecs contre l’Empire Ottoman en 1821 ayant inspiré un philhellénisme certain et contribué à l'adoption du nom de ce nouveau faubourg. Y a également contribué le goût et la culture antiquisante des architectes qui ont construit entre 1820 et 1860 les majestueux hôtels et immeubles patriciens qui abritèrent longtemps une nouvelle « république des arts et des lettres ».
 

Artistes et écrivains

Ary Scheffer s'installe en 1830 rue Chaptal

On y accédait par une avenue qui conduisait à une cour entourée de deux ateliers, d'une écurie et d'une remise. Au centre, la maison d'habitation ombragée d'un cèdre ; deux petits jardins égayaient l'ensemble. (Marthe Kolb, Ary Scheffer et son temps, 1937)

Ces lieux qui, grâce à la piété des descendants de l'artiste, ont été préservés jusqu'à nos jours, virent au temps des frères Scheffer passer de nombreux écrivains, hommes politiques et artistes, Ingres, Lamennais, Chopin, Guizot, par exemple. L'atelier servit aussi de refuge aux républicains poursuivis... (Catalogue de l'exposition Ernest Renan, Paris, B.N, 1974)

Eugène Delacroix établit son atelier et son appartement, de 1844 à 1857, au n°58 rue Notre-Dame-de-Lorette.

La maison n'avait alors que la largeur de la porte d'entrée et était disposée en équerre sur les deux côtés de la cour. Delacroix n'était pas installé depuis quatre ans que naissait Paul Gauguin dans la maison voisine (n°56) dont l'intéressante façade Louis-Philippe est décorée, comme beaucoup d'autres immeubles de la rue, de ces barres d'appui de fonte aux motifs recherchés, si caractéristiques de la Monarchie de Juillet.
Le n°54 célèbre dans la pierre les amants légendaires, Héloïse et Abélard, dont la mode médiévale et le "tombeau" du Père-Lachaise avaient diffusé les portraits imaginaires. On les retrouve, en fonte, dans les médaillons de la porte du n°49, où vécut Pissarro en 1856.

En 1813, Théodore Géricault (1791-1824) quitta la rue de la Michodière et vint s'installer au 21 rue des Martyrs, non loin de l'atelier d'Horace Vernet, dans une maison où habitèrent de 1824 à 1827 le chansonnier et poète Pierre-Jean de Béranger (1780-1857) et l'ancien député républicain Manuel (1775-1827).

Le peintre de marines, Eugène Isabey (1803-1886), hanta véritablement le quartier ; il séjourna successivement rue de La Rochefoucauld, rue Saint-Lazare, rue Bréda (actuellement rue Henri-Monnier) et avenue Frochot.
 


Hôtels particuliers

Rue de la Tour-des-Dames, les hôtels Restauration sont des exemples remarquables de l'architecture néo-classique parisienne. Ils furent construits par des architectes formés par l'Ecole des Beaux-Arts inspirés des modèles antiques et des constructions Renaissance. C'est ici le véritable cœur de la Nouvelle Athènes.

Dès 1820, Talma s'y fit construire par Charles Lelong l'hôtel du n°9, dont Delacroix décora la salle à manger. Adulé du Tout-Paris, le célèbre tragédien du Théâtre-Français y répétait ses rôles devant plusieurs miroirs dans un salon donnant sur le jardin.

Tragédienne également très applaudie, Melle Duchesnois vécut plus discrètement depuis 1822 dans son hôtel du n°3, dont la façade cintrée en retrait signée de l'architecte Constantin, élève de Percier et Fontaine, éclaire la rue d’une cour d'honneur miniature.

En 1824, sa voisine et amie la légendaire comédienne Mademoiselle Mars, était au sommet d'une carrière qui lui permettait, à plus de quarante-cinq ans, de briller dans des rôles de jeunes femmes. Elle avait du goût et de l'argent : l'hôtel construit au n° 1 de la même rue par Constantin en 1820 et qu'elle fit modifier alors par Visconti fut le théâtre de fêtes fastueuses.

Place Saint-Georges, au n°27, le premier hôtel fut construit en 1833 par Théodore Charpentier, pour Mme Alexis Dosne, l'épouse du spéculateur immobilier à la tête de la Compagnie Saint-Georges qui avait réalisé l’ensemble du lotissement. Mme Dosne, qui devint pour le brillant politicien Adolphe Thiers une amie et un soutien, céda bientôt "au petit grand homme", déjà académicien et ministre, son hôtel et la main de sa fille. Aujourd’hui propriété de l'Institut de France, la Fondation Dosne-Thiers abrite une très importante bibliothèque de quelque 160.000 volumes traitant de l’histoire générale, politique, militaire, sociale et administrative de la France, depuis la Révolution jusqu’à la Première Guerre mondiale (1789-1914).

De l’autre côté de la place, les paisibles immeubles fin de siècle mettent en valeur celui du n° 28 dont la façade est un étourdissant pastiche gothico-renaissance qui fit sensation dès sa construction en 1840. L'architecte Renaud avait sans doute compensé l'étroitesse du terrain par l’exubérance de son décor sculpté.
 

Pour aller plus loin

 

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dans l'Hôtel Scheffer-Renan