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Lettre de Jacques-Emile Blanche à Ary Renan, 15 février 1887

Jacques-Emile Blanche1887

Lettre autographe, encre sur papier blanc, deux feuillets, 21 x 13,5 cm.

CSR Ms70.17

 
Transcription:
 
15.2.87
à Paris-Auteuil, 19 rue des Fontis

 

Mon petit Coco,

Qu’est ce qui te passe par la tête ? Tu penses bien que je suis fort pris, fort occupé, retenu sur la rive droite ! Quand on a un succès comme celui que j’ai en ce moment, on ne va pas rue du Cherche-Midi.
[attrap…]
Tous les jours j’ai des mondaines à balader aux Mirlitons, après le travail. Ensuite, visites de digestions et papotages divers. Je suis en fort bons esprits, comme disent les anglais, gai et blond. Je vais maintenant à Bruxelles applaudir Wagner et Seurat.

Peut-on t’inviter à dîner, un soir, au restaurant ? Dis-donc à Charles qu’il nous réunisse un samedi soir, puisque chez nous est trop loin, le dimanche.

Verbeusement et intoxiquement tien.

Jacques

Commentaire:

La correspondance de Jacques-Émile Blanche (1861 – 1942) à Ary Renan (1858 – 1900) conservée au musée de la Vie romantique est un témoignage direct et  privilégié d’une amitié complexe entre les deux peintres et évoque le milieu artistique et mondain de la fin du XIXe siècle. Si Jacques-Émile Blanche est resté célèbre par ses portraits de Proust ou Cocteau, Ary Renan est un peintre symboliste quelque peu oublié. Disparu prématurément à 41 ans,  le fils d’Ernest Renan fut pourtant très lié aux grands noms de son temps, parmi lesquels Gustave Moreau ou encore Puvis de Chavannes.

Au-delà de quelques mentions évocatrices de Wagner et Seurat, ce courrier est une véritable fenêtre sur la vie à la fois bohème et mondaine des artistes de la Belle Époque, qui se réunissent et s’encanaillent, souvent en bonne compagnie, dans les nouveaux  cabarets populaires de Montmartre. Le Mirliton, haut lieu de la vie nocturne montmartroise, mentionné par l’auteur de la lettre, n’est autre que le cabaret créé par Aristide Bruant, au 84 boulevard Rochechouart, dans les anciens locaux du Chat Noir.
 
Sur un plan plus personnel, cette lettre d’une camaraderie et d’une familiarité assez touchante ne laisse pas deviner qu’un an plus tard les deux hommes, qui se fréquentaient depuis le lycée Condorcet, cesseront de s’écrire. Si Jacques-Émile était très attaché à leur amitié, le fils de Renan semblait bien plus distant, laissant parfois son ami dans l’inquiétude de ne pas recevoir de réponse. Toutefois, quelques années plus tard, ils participent toujours ensemble à la Société des 33 (active de 1888 à 1889).
 
Témoignage de cette amitié de jeunesse, le musée de la Vie romantique conserve une toile de Jacques-Émile Blanche représentant Henriette Chabot, dédicacée dans le coin inférieur droit « à mon ami Ary » (voir illustration).
 

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