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Averroès et l’averroïsme

Ernest Renan

Manuscrit, volume relié cuir, 24,5 x 23,5 cm

MVRCSRMS44/1 et MVRCSRMS44/2

Soutenue et publiée en 1852, la thèse de Renan, Averroès et l’averroïsme acquiert sa forme définitive dans la réédition de 1861, entre la mission de Phénicie, qui est à l’origine de la Vie de Jésus et l’obtention de la chaire d’hébreu au Collège de France. La recherche est placée sous cette opinion qui ouvre la préface : « Le trait caractéristique du XIXème siècle est d’avoir substitué la méthode historique à la méthode dogmatique dans toutes les études relatives à l’esprit humain ». Renan écrit donc une étude d’histoire des idées philosophiques, et Averroès et l’averroïsme représente l’affirmation de la recherche érudite sur la construction spéculative.
Pourquoi Renan propose-t-il dans ce cadre une réflexion sur le philosophe musulman, alors qu’il avoue lui-même : « Je suis le premier à reconnaître que nous n’avons rien ou presque à apprendre ni d’Averroès, ni des Arabes, ni du Moyen Âge » ? Averroès n’a pas de postérité en Islam : ce sont des juifs et des chrétiens qui traduiront ses œuvres et permettront son influence posthume. Cette survie est pourtant marquée par une mauvaise compréhension de sa pensée, comme Renan l’a noté. Le philosophe de Cordoue est pour l’Occident celui qui a permis une meilleure connaissance d’Aristote, celui que les Latins ont appelé le « Commentateur », pour le corpus considérable de ses commentaires du philosophe grec.  C’est surtout dans l’Occident chrétien que l’averroïsme constitue un courant philosophique important. Vers le milieu du XIIIème siècle, les maîtres ès arts chargés d’enseigner la philosophie, c’est-à-dire d’expliquer les œuvres d’Aristote, utilisent les traductions d’Averroès : ils y trouvent des commentaires très précis, mais qui contiennent des thèses forts éloignées du dogme chrétien. C’est à l’aide d’Averroès que Thomas d’Aquin découvre également l’œuvre du Stagirite. Mais les grands maîtres en théologie de Paris, dont Thomas, commencent à combattre les idées qui circulent à la faculté des arts et des condamnations épiscopales frappent un certain nombre de propositions contraires à la foi. Beaucoup viennent d’Aristote et d’Averroès : le monde est éternel, donc aussi l’espèce humaine ; il n’y a qu’un intellect pour tous les hommes : ces deux thèses entraînent la négation de l’immortalité personnelle. Si l’on ajoute le rejet de la providence divine et une conception profane de la morale, nous avons les traits essentiels de ce que Renan a nommé
l’« averroïsme latin ». Le nom et la doctrine d’Averroès ne tardent pas à être rangés du côté de l’hétérodoxie, de l’indépendance de la pensée. L’iconographie s’en mêle : dans l’enfer du Campo Santo de Pise, une fresque du XIVème siècle que Renan attribue à Orcagna, Averroès subit d’horribles supplices en compagnie de Mahomet et de l’Antéchrist. Renan ne s’efface cependant pas devant la complexité de l’affaire. Poursuivant sa critique historiciste de la religion, il montre comment Averroès réhabilite la raison argumentative dans sa recherche de la vérité. C’est bien la science rationnelle qui permet de penser « une humanité vivante et permanente ».
 
Legs Corrie et Robert Siohan, 1991
 

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